Le Réveil

Posté par cercledeslunes le 7 juillet 2014

L’ombre s’étendait mais leur présence était palpable. Certains étaient blessés, leur sang entachant leur vêtement, je pouvais le sentir. La malédiction touchait à sa fin, il avait cité la prophétie sinon mes agneaux ne seraient pas là.

Dès lors, sa toile s’effilait, ma prison s’étiolait autant que la peur s’insinuait, insidieuse, parmi mes brebis ; c’était une sensation des plus enivrantes, un délice d’émotion car j’en étais l’origine, ils venaient à moi se présenter, aveugles qu’ils étaient.

Endormie sans l’être, mon éveil sera vermeil. Ils avaient franchi les portes, l’air était lourd et chargé d’électricité, une vieille magie était, ici, à l’oeuvre, faisant son oeuvre. Le sang coula alors qu’Elle cita, ses mots anciens et morts, à mon image. Le sang me nourrit, trois sangs mêlés qui décela mon tombeau.

Libre ! Enfin je l’étais, encore assoiffée. Alors que je me levais, l’air vint me caresser le visage, ce visage de porcelaine encadré par cette longue chevelure rouge sang. Ils étaient là, devant moi, vulnérable sans même le savoir, si fragile qu’ils ne pouvaient le réaliser, alors je m’avançais vers eux.

Le sang, je pouvais le sentir, des offrandes qu’ils m’avaient apporté, quelle délicate attention ; mais c’était le leur que je voulais m’abreuver, les remercier d’un baiser, leur offrir le plaisir de recevoir ma considération. D’une main au toucher de son épaule et l’une de mes brebis disparues, j’en fus contrariée, une sensation étrange et désagréable. Ils étaient venus pour moi, à moi, et lui fuyait, pourquoi ?

Au second toucher, lui se retourna, pivotant à la main et il me l’offrit, généreux et dévoué. Je la prie alors l’enveloppant de mon aura pour la goûter en toute impunité. Quand mes crocs perça la fine peau de son cou, je pus me désaltérer, étancher ma soif en la savourant, qu’Elle avait bon goût. Elle fut généreuse d’elle-même.

Mes petites brebis, mes doux agneaux, ils avaient peur ; l’odeur était agréable. Mon offerte, je la gardais contre moi alors qu’il voulut parler, surement communiquer, mais les mots du rat, car je le voyais tel qu’il était, n’étaient que des bruits, des sons sans intérêt quand vint à parler la femelle. Elle connaissait des mots anciens avec cet accent propre aux jeunes.

Les portes, c’étaient les portes. Elles étaient fermées, la magie des lieux encore présente, il ne restait qu’un dernier fils à tirer pour que tout se dénoue et soit enfin libéré. Le voulais-je ? Peut-être, pourquoi pas, je pouvais leur offrir cette faveur, me libérer à leur univers. Savaient-ils ce que cela pouvait signifier ?

Mon offerte devait rejoindre ma couche, celle qui avait cité la prophétie, celle qui avait usé des mots anciens, morts à dessein. Et je lui rendis. Il la coucha, délicatement, une attention étrange et intéressante, une émotion que je toucherai, peut-être, plus tard, mais l’heure était venu pour eux de partir. De partir vite quand le berger fondit mes haches, le berger des enfers qui toucha à mon domaine.

Ainsi ce fut, même le rat finit par partir au réveil de mon offerte et je demeura. Retrouvant ma demeure, l’odeur des temps anciens, les souvenirs des vies passées et le toucher des croyances, de la vie à la mort, des pensées aux esprits, je les retrouvais, ou était-ce l’inverse ?

 

 

(by Emilie Latieule)

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